Le groupe de rap Sniper, montré du doigt par Nicolas Sarkozy dans une déclaration contre les chansons "racistes et antisémites", menace dans un courrier d'engager une procédure en justice contre les "déclarations populistes et diffamatoires" du ministre de l'Intérieur.
"Non seulement nous ne sommes pas antisémites mais au contraire nous sommes aux côtés de tous les Israéliens qui cherchent la paix", écrivent les quatre membres du groupe dans une lettre dont une copie a été envoyée jeudi à l'AFP par leur avocat, Me Dominique Tricaud.
"Nous voulons bien penser que, mal informé, vous vous êtes laissé emporter par une crise de démagogie passagère et nous sommes tout prêts à accepter vos excuses. Dans le cas contraire, nous agirons en citoyens responsables en saisissant la Cour de justice de la République", poursuit le texte.
"Vous avez également tort de croire que nous sommes racistes. Nous sommes Français comme vous mais nous nous demandons si vous nous acceptez comme tels. D'un côté cette pseudo France d'en bas que vous cajolez et de l'autre ceux que vous ne voulez traiter qu'à la matraque", poursuit Sniper.
Le groupe ajoute que "la musique en général et plus particulièrement la nôtre, est composée d'images fortes qu'aucun auditeur de bonne foi ne prend au premier degré".
Interrogé mercredi par une députée sur une chanson de ce groupe, le ministre de l'Intérieur avait estimé que des textes de ce genre étaient "triplement scandaleux : antisémites, racistes et injurieux".
Il avait précisé qu'à l'avenir il déposerait "plainte contre des textes qui sont racistes et antisémites". "Ceux qui ne respecteront pas les règles (qu'implique) la République (...) auront des comptes à rendre devant la justice de notre pays", avait ajouté M. Sarkozy.
Dans la chanson incriminée, "Jeteur de pierres", incluse dans le deuxième album de Sniper, le groupe évoque les attentats-suicide en Israël : "Tu f'rais quoi, si on avait tué ton père et détruit ton toit ? (...) J'aurais envie d'faire un carnage", "Palestiniens dans les rues, Israéliens dans les bus, le mal par le mal, venger les tiens".
Le texte se poursuit ainsi : "Posez les armes, dire Inch'allah, bonjour, shalom et salam".
Sniper, originaire du Val-d'Oise et représentant de la tendance radicale du rap français, est composé des artistes El Tunisiano, Black Renega, Aketo et le scratcheur DJ Boudj, tous quatre signataires de la lettre au ministre.